Interview de Bruno Durand, Président du Congrès International 2008 de l’Aslog
Logistique durable… mal nécessaire ou réelle opportunité ?
Président du Congrès International 2008 de l’Aslog et président de la délégation de l’Aslog Pays de la Loire, Bruno Durand nous présente les enjeux liés à la logistique durable, thème du Congrès de l’Aslog qui se déroulera les 26 et 27 novembre prochains à la Cité Internationale des Congrès de Nantes.
Présentez-nous l’Aslog et notamment l’Aslog Pays de la Loire ?
L’Association Française de la Logistique se décline en une quinzaine de délégations régionales. L’association nationale est rattachée à l’ELA, l’Association Européenne de Logistique, dont elle est membre fondateur. Notre objectif est de rassembler les patriciens et les décideurs logistiques et les amener à réfléchir ensemble aux bonnes pratiques, à l’évolution de la Supply Chain et à répondre aux questionnements de la profession, ce qui signifie des échanges avec ses confrères, mais aussi avec ses concurrents…
La délégation de l’Aslog Pays de la Loire rassemble une soixantaine de logisticiens localisés en Loire Atlantique, mais aussi en Vendée et en Maine et Loire. l’Aslog des Pays de la Loire compte plusieurs administrateurs au sein du CA national : Alain Rocquefelte (Direction générale de Système U Ouest), Valérie Caro-Macrez (Délégué général ASLOG à Paris) qui travaille également au sein du board de l’ELA, et moi-même. Sur le plan régional, nous nous appuyons sur le réseau universitaire, avec lequel nous collaborons étroitement. Cette année, le gros chantier de l’Aslog Pays de la Loire est bien sûr le Congrès international qui se tiendra les 26 et 27 novembre à Nantes. Notre dossier a été retenu par le CA national en mars 2007.
En quoi va consister le Congrès de Nantes ?
Nous avons choisi de dédier ce congrès à la logistique durable et d’aborder cette problématique sous trois angles :
Environnemental, afin de préciser comment la logistique peut s’inscrire dans une démarche de lutte contre les nuisances, en particulier polluantes.
Economique, à travers les perspectives de prestations logistiques basées sur des partenariats longs (et non d’un jour), mais aussi en s’interrogeant sur ce qui fait la « durabilité » des systèmes d’informations logistiques.
Social, plus particulièrement en examinant comment la logistique va exercer un impact sur les métiers. Plus précisément, il s’agira de dire comment les compétences vont évoluer. Il y a quinze ans, la plupart des personnes qui oeuvraient dans la logistique n’arrivaient pas toutes initiées, loin de là. Aujourd’hui, les nouveaux venus sont, quasiment tous, des professionnels déjà formés.
Il sera donc intéressant, lors du Congrès, de pouvoir confronter les idées autour de 6 tables rondes, et de 15 conférences (constituées de binômes industriel/universitaire ou distributeur). Les ports tiendront aussi une large place avec Tanger-Med et Nantes-St-Nazaire notamment. Les visites que nous organisons le premier jour constitueront bien sûr l’un des temps forts du congrès. Ces visites de plateformes logistiques innovantes en Pays de la Loire, à Saint-Nazaire et Montoir (le Port Autonome, Aker Yards, Airbus), à Angers (Cointreau), à Ancenis (Odalis / Terrena), à Nantes (Système U Ouest, Armor, Wirquin), dans le Choletais – Nord-Vendée (Fleury-Michon Logistique, Jeanneau) apporteront un écho opérationnel à l’expertise présentée.
On parle beaucoup du développement durable mais ne pensez-vous pas qu’une Supply Chain durable est encore une notion abstraite pour un bon nombre d’entreprises, ou du moins, que cela ne constitue pas leur priorité ?
Je dirais que cela évolue bien, enfin... Il y a une réelle prise de conscience des acteurs. Il faut dire que c’est compliqué de bien maîtriser ses coûts de transport. Hier, on en connaissait bien les nuisances mais le coût n’était pas trop élevé, alors les habitudes (les mauvaises) se sont ancrées. Maintenant, les préoccupations liées à l’environnement sont très présentes. Le changement est sur les « rails » (et demain peut-être le fret…) : les entreprises se sentent nettement plus concernées, « éco-concernées »…
Aujourd’hui, la dimension humaine est encore souvent délaissée. Imaginons ainsi une plateforme logistique localisée en Espagne, travaillant avec le Maroc et l’Italie…, une plate-forme logistique internationale en fait. Quelle équipe va pouvoir la piloter au mieux ? Qui va pouvoir maîtriser la technique, les différentes langues, l’approche culturelle ? Manager une équipe pluriethnique, en étant conscient des paramètres culturels, n’est en effet pas chose aisée… A priori, cet aspect des choses est quand même moins « nuisible ».
Les grandes entreprises ont déjà adopté pour la plupart cette dimension multiculturelle. Les plus petites s’y mettent progressivement : certaines sont en passe de le faire. Intégrer cette vision représente cependant bien davantage que la simple maîtrise d’une langue étrangère… Il est ainsi souhaitable que l’entreprise puisse travailler avec des collaborateurs qui soient natifs des pays fournisseurs ou clients, ou qui aient vécu dans ces pays, de manière à en connaître toutes les subtilités et la culture.
Le 2ème aspect aborde la durabilité des partenariats, les leviers de performances issues des coopérations logistiques durables via l’externalisation de la logistique. La compétition est rude ; aujourd’hui, le choix du « mieux faisant », assurant fiabilité et respect des délais, semble prédominer sur l’aspect « moins disant » qui prévalait autrefois…
Quels sont les outils qui freinent les entreprises dans la mise en place de leur éco-stratégie ?
Il leur manque peut-être un outil standard. A ce titre, l’Aslog a élaboré un outil permettant de réaliser un audit et une évaluation de leur logistique. Le diagnostic est réalisé sur la base d’un « Référentiel de la Performance Logistique », qui traite à partir de questions du potentiel d’évolution de la performance et de sa mesure. L’Aslog mène également avec l’ELA tous les deux ans, en partenariat avec des universitaires, une étude de benchmarking logistique. Ce recueil d’informations permet d’avoir une réelle visibilité par métier et donne lieu à une diffusion auprès des professionnels. Il fournit une assez bonne indication du niveau de performance logistique de l’entreprise.
Aujourd’hui, la logistique doit mutualiser les forces et surmonter les handicaps. Il faut « faire autrement » mais aussi « faire faire autrement ». La logistique durable porte une forte connotation culturelle, et va donner lieu à une évolution certaine dans un avenir proche. Par exemple, la « reverse » logistique, le démantèlement des produits en fin de vie… sont à l’origine de l’émergence de nouveaux métiers. La communauté des acteurs logistiques et le monde universitaire doivent continuer à coopérer en ce sens et à innover. On oublie trop souvent ce pilier de la démocratie participative : il a pourtant son rôle à jouer aussi dans le développement de la logistique durable.
Propos recueillis par Sylvie Pesme
14 octobre 2008
En savoir plus le site de l’Aslog
 à lire sur le sujet notre article " Logistique et développement durable", thème d’une table-ronde qui s’est tenue en septembre dernier en préambule au Congrès international de l’Aslog
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